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Hélène: “Enfermer les personnes comme moi n’est pas une solution”

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Hélène, originaire du Rwanda, travaille aujourd’hui comme aide à domicile à Hasselt. Elle a été enfermée au centre 127bis pendant six mois. Jusqu’à aujourd’hui, elle en garde des séquelles physiques.”Ça n’a fait que coûter de l’argent à l’État.”

“Personne ne quitte son pays sans y être vraiment obligé. On ne fuit que si l’on n’a plus d’autres options. En 2010, j’ai su que je ne pouvais plus rester au Rwanda. Je n’avais plus de famille là-bas.”

“Je vivais en Belgique depuis longtemps. Un jour, tôt le matin, on a frappé à la porte. Mon compagnon a ouvert et soudain, des policiers sont entrés dans ma chambre. Ils me suivaient partout. Je ne savais pas ce qu’il se passait. J’étais figée par la peur”.

“Je ne savais rien et j’étais toute seule”

“J’ai dû signer un papier en néerlandais, alors que je suis francophone. J’ai été fouillée, on m’a pris tout ce que j’avais sur moi. Vous pensez être dans un pays dans lequel vos droits sont respectés et être informé. Mais je ne savais rien, et j’étais toute seule”.

“Je n’oublierai jamais mon arrivée au 127bis. J’avais l’impression d’être dans un autre pays. Comme si je n’étais plus en Belgique. Il n’y a pratiquement pas de femmes. Et celles qui sont là sont toutes traumatisées”.

“Quand je suis arrivée en Belgique, j’avais déjà des ulcères à l’estomac. Grâce à un traitement, ça s’est arrangé. Mais au centre, ils sont revenus en force. J’avais terriblement mal à l’estomac et j’avais aussi des crises de migraine. J’étais tellement stressée… J’ai cru que j’allais mourir”.

“Je ne sais pas pourquoi j’ai été libérée. J’étais allongée dans mon lit, malade et souffrant beaucoup, lorsque l’assistante sociale est venue me dire que j’étais libérée. D’autres se sont alors levés, mais je n’ai pas pu bouger. J’ai juste attendu que mon partenaire vienne me chercher”.

“Laissez-nous travailler”

“Je ne peux pas oublier ce que j’ai vécu. J’en fais encore des cauchemars. Il m’est difficile de tout raconter à nouveau. Mais je tiens à préciser une chose : l’enfermement n’est pas une solution”.

“Après des années passées à Liège, j’habite maintenant à Hasselt et je travaille comme aide à domicile. Je fais le ménage chez les gens. Cela me fait plaisir, car j’aime aider les autres et j’apprécie le contact social. En même temps, j’apprends petit à petit le néerlandais”.

“Laissez donc les personnes comme moi travailler. À quoi a servi mon incarcération ? Pendant six mois, je n’ai rien fait. Je n’ai fait que coûter de l’argent à l’État.

Tout être humain a un droit fondamental à la liberté. La coalition Move a été créée en janvier 2021 à l’initiative conjointe de Caritas, du CIRÉ, de JRS Belgique et de Vluchtelingenwerk Vlaanderen. Les membres de Move unissent leurs forces pour mettre fin à la détention de personnes pour raisons migratoires. Nous préférons parler de « centre de détention (administrative) pour personnes migrantes » plutôt que de « centre fermé », pour éviter la confusion avec les centres d’accueil ouverts pour demandeur·euses de protection internationale. Par ce choix terminologique, l’attention est mise sur la réalité de la détention. De plus, nous entendons inclure toutes autres formes de détention pour raisons migratoires, comme les maisons de retour, que nous appelons « centres de détention (administrative) pour familles migrantes ». Move relate les histoires des personnes exilées en détention, pour leur rendre un visage et leur humanité.